Édito

21 décembre 2020

Aux Saisons Zéro, nous avons dû accepter que la température dans cet ancien monastère varierait avec autant d’amplitude qu’à l’extérieur. Le nom de notre projet illustre d’ailleurs notre choix d’adopter ces conditions et d’en faire un sujet plutôt que d’en subir la contrainte. Aujourd’hui, alors que l’hiver s’annonce, nous choisissons de traiter la thématique de l’hibernation, d’en faire une méthode construite, réfléchie et racontée pour traverser la saison froide avec vous.

L'hibernation est un écho au repli vécu par tou.te.s à l’annonce d’un second confinement. Quand à nouveau le corps de la société s’immobilise, qu’il entame une phase de sommeil seulement agitée par les flux de bande passante sans pouvoir se projeter vers l’extérieur, les confiné.e.s observent et échangent à travers les fenêtres de leurs écrans.

Au Monastère des sœurs Clarisses, l’hibernation nous rappelle cent-quarante-cinq ans d’histoire de recueillement, de retraite choisie, régie par la communauté. Ce sont aussi dix années de torpeur et d’engourdissement qui se succèdent et se logent dans les murs du bâtiment depuis le départ de ses occupantes.

L’hibernation pour les animaux est une mise au ralenti des fonctions de l’organisme : le corps dans sa totalité - y compris le cerveau - baisse en température et réduit considérablement l’énergie nécessaire à sa survie. L’animal peut alors passer de l’automne au printemps sur les seules ressources qu'il aura su accumuler avant de se nicher à l’abri. Ce sommeil long de quelques mois sera interrompu de quelques réveils volontaires, sursauts de vie indispensables, l’empêchant de tomber dans une torpeur si profonde qu’elle serait irréversible. Aussi, quand nous avons la possibilité d’agiter nos muscles et nos voix enrouées, de sortir, d’exprimer ce qui s’est rêvé collectivement dans nos isolements respectifs, c’est un appel qui sent l’espoir d’un renouveau printanier.

Aujourd’hui, c’est l’hiver que nous célébrons en entrant en hibernation. Au cours de cette retraite nos volets restent grands ouverts et quand le cœur vous en dit, jetez un œil par nos fenêtres en ogives. Vous nous trouverez sûrement affairés à alimenter le foyer collectif ou retirés dans nos chambres, quand la lumière décline et que le corps se repose. Nous partagerons régulièrement nos recherches et expérimentations hivernales sur cette page et les réseaux sociaux.

Belles fêtes à tou.te.s et rendez-vous en janvier prochain !